16 juillet 2008
Les vacances sont bel et bien finies
Retour à la réalité après dix jours de vacances…
En ce moment, dans ma salle :
Monsieur B., 83 ans, hospitalisé pour fracture du col du fémur. Depuis son opération, il perd la tête… Quand on lui demande si il sait où il se trouve, il répond avec un grand sourire : "Je ne sais pas où on est, mais on y est bien !", et à la question "Quel jour sommes-nous", "La veille de demain !"
Et puis, à force d'être confus, monsieur B. a fini par être agité. Tellement agité que le psychiatre de garde lui a prescrit du Loxapac. Et là, boum ! Coma.
Aujourd'hui, il va mieux.
Et même si il ne sait toujours pas bien où il est, il y est bien.
Madame G., 91 ans, atteinte de myélopathie cervicarthrosique, avec perte d'autonomie depuis environ six mois (du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil, et puis, du lit au lit…), pneumopathie d'inhalation récente sur troubles de la déglutition et insuffisance respiratoire chronique, deux AVC ischémiques, chute de sa hauteur chez elle et se fait une fracture de la deuxième vertèbre cervicale. Transportée aux urgences, l'examen clinique initial est sans particularité en dehors de la douleur. Puis apparaissent des signes d'irritation pyramidale, elle est alors transférée dans notre service, où elle passe en SDRA (syndrôme de détresse respiratoire aiguë). Elle descendra alors en réanimation, où les réanimateurs contactent sa fille. Elle n'en peut plus, sa fille. Elle n'arrive plus à s'occuper de sa mère impotente. Elle n'en peut plus de la voir souffrir… Elle ne veut pas que les médecins s'acharnent…
Mais qui dit pas d'acharnement dit pas de ventilation invasive : les réa n'en veulent plus. Madame G remonte en orthopédie pour y mourir. Mais elle souffre. Malgré les antalgiques.
Ma co-externe et moi voudrions au moins la sédater, pour qu'elle souffre moins, un peu moins… Le réanimateur ne veut pas la reprendre, il y a trop de polytraumatisés en ce moment, et plus de place au réveil. Il me dit de prescrire de l'Hypnovel. Mais c'est maintenant chez nous que ça cloche : les infirmières ne veulent pas passer de l'Hypnovel sans scope. Mais les malades scopés, ils sont au réveil, justement…
Alors, après m'être battue avec les réanimateurs du rez-de-chaussée, avec les infirmières de chez nous, et avec les soins palliatifs qui n'arrivaient toujours pas, je suis partie. J'ai laissé Madame G. dans sa chambre double, à côté de sa voisine dont je voudrais croire qu'elle ne se rend pas compte que la dame dans le lit d'à côté est en train de mourir.
Je suis rentrée chez moi après ma garde de 30 heures pour dormir…
Monsieur T., 34 ans. Ostéosarcome de la quatrième vertèbre thoracique. Opéré il y a quelques jours. On attend son transfert dans un centre spécialisé pour sa chimiothérapie.
Alors oui, cet après-midi, en rentrant chez moi, j'étais un peu fatiguée…

